En apparence, la balance de la zone euro est équilibrée. Mais cette situation dissimule de criantes inégalités entre pays, et entre régions au sein d’un même pays. Pour faire face à cette crise, les Etats européens vont devoir imaginer des solutions audacieuses qui pourraient passer par la création monétaire et la redistribution des fonds consacrés à l’aide sociale.

Article initialement publié sur Changaco.net

Qu’est-ce qu’une crise ? C’est le moment où se résorbe brutalement un déséquilibre. Tout système a un état d’équilibre vers lequel il revient toujours. Plus on s’en éloigne, plus la probabilité d’un rééquilibrage violent augmente.

L’équilibre de l’économie est celui des échanges, qui sont rendus possibles et mesurés par l’outil qu’est la monnaie. Quand un pays est déficitaire il « perd » de la monnaie, quand il est excédentaire il en « gagne ».

Il est bon de rappeler que cette deuxième situation n’est pas plus une bonne chose que la première, car un excédent est forcément compensé par le déficit d’un autre pays. La position idéale de toutes les balances est l’équilibre, c’est-à-dire quand les pays profitent des échanges sans créer d’inégalités entre eux.

L’exemple de la zone euro

Après avoir énoncé ces généralités, regardons l’exemple de la zone euro. Il est singulier car la Banque Centrale Européenne est en fait une institution qui regroupe les banques centrales des États membres. On a donc accès à la fois à la balance courante globale de la zone euro et à ses composantes.

C’est d’ailleurs là le problème de cette zone: nous avons instauré une monnaie commune, mais pas de mécanisme pour équilibrer les balances à l’intérieur de celle-ci.

Balances Courantes de la zone euro

Comme vous pouvez le voir sur le graphique ci-dessus, la balance de la zone euro est proche de l’équilibre (à part en 2008), donc une position presque idéale. Autrement dit, la zone euro n’est pas du tout au bord de la faillite. En revanche, prises individuellement, certaines de ses composantes ne sont pas du tout idéales. Notamment l’Allemagne du côté des excédents, l’Espagne, la France et l’Italie du côté des déficits.

Cependant si on relativise ces chiffres en fonction de la population de chaque pays, on se rend compte que les « mauvais élèves » seraient en fait plutôt le Luxembourg et la Grèce:

Balances Courantes de la zone euro relatives aux nombres d'habitants

Cela veut dire qu’il y a trop d’euros au Luxembourg, et pas assez en Grèce…une grande surprise n’est-ce pas ?

On pourrait faire la même analyse pour d’autres tailles de zones géographiques si on connaissait les chiffres correspondants. On trouverait probablement qu’il y a trop de monnaie à Paris par rapport au reste du pays, qu’il y a de fortes différences entre quartiers à l’intérieur des villes, etc. Le revenu médian est en général utilisé comme indicateur partiel pour ces niveaux. On peut par exemple constater les inégalités de revenu entre les états des États-Unis.

Redistribuer les cartes pour que personne ne sorte du jeu

Soyons clairs, nous ne cherchons pas à supprimer toutes les inégalités, simplement à les ramener à des niveaux acceptables, de façon à ce qu’elles ne causent plus de crises économiques et sociales, ou pire de guerres.

Pour atteindre ce but, la solution la plus simple et la plus efficace est connue depuis longtemps: le revenu de base, un revenu inconditionnel, versé dès la naissance et cumulable avec tout autre revenu.

Évidemment il ne va pas tout régler à lui seul, et son effet est sur le long terme, mais il est un mécanisme de base qui permet de s’assurer que les inégalités ne dépassent jamais un certain seuil où elles deviennent dangereuses. Quand un phénomène économique fait pencher la balance en « faveur » d’une minorité, le revenu de base redistribue une partie des cartes pour que personne ne sorte du jeu.

Concrètement pour la zone euro, au lieu de perdre son temps à jouer le pompier des banques, la BCE créerait de la monnaie et la donnerait directement aux citoyens chaque mois, en augmentant le montant tous les ans à taux constant.

On choisit ce taux de façon à ce que la monnaie soit stable à court terme (pas d’hyper-inflation) mais fondante à long terme (pour qu’elle continue toujours de circuler). La Théorie Relative de la Monnaie recommande une valeur entre 5% et 18% pour une espérance de vie moyenne des citoyens de 80 ans. Si on choisissait ce taux minimum de 5%, le dividende s’élèverait en 2013 à environ 120€ par mois pour chaque citoyen de la zone euro, puis quelques euros de plus l’année d’après, etc.

Le revenu de base: quand on veut…

En plus de ce revenu européen tiré de la création monétaire, chaque État pourrait compléter le revenu de base en réattribuant les fonds actuellement consacrés aux aides sociales conditionnelles. Faire converger les montants de ces aides nationales permettrait de réduire progressivement les inégalités à l’intérieur de la zone euro.

Concrètement pour la France, dont le système de protection sociale est déjà proche d’une allocation universelle (mais sans les avantages qu’apporte son inconditionnalité), cela correspond à 400€/mois pour un adulte et 200€/mois pour un enfant.

Au total, on pourrait donc verser au moins 520€ par mois en 2013 à tous les adultes français, sans toucher au niveau des impôts, uniquement en simplifiant les fonctionnements de l’euro et du système français de protection sociale.

Malgré cela, selon une étude Ifop d’avril 2012, seulement 14% des français se disent « tout à fait favorables » à la mise en place d’un revenu de base, 65% n’ont qu’une opinion faible sur le sujet avec une légère majorité contre (31% et 34%), et 21% y sont résolument opposés. Le seul obstacle à l’instauration du revenu de base est la volonté des peuples, c’est-à-dire la vôtre, celle de votre famille, de vos voisins, etc.


Article initialement publié sur le blog Changaco.net sous le titre ‘Le revenu de base: une solution anti-crises’.

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