Les membres du comité de citoyens pour l’organisation de l’initiative citoyenne européenne pour le revenu de base se réunissaient il y a 10 jours à Florence pour le forum social européen Firenze 10+10 avec l’idée d’inscrire le revenu de base à l’agenda des discussions. Compte rendu de Stanislas Jourdan et Angelika Gross qui étaient sur place.

Il y a dix ans, le premier forum social européen avait lieu à Florence, en Italie. À l’époque, environ 400.000 activistes des quatre coins d’Europe s’étaient donné rendez-vous ici, et à la veille de sa clôture, environ 1 million d’opposants à la mondialisation néolibérale avaient participé à une marche pacifiste contre la guerre en Irak. Les magasins avaient même fermés devant l’ampleur du phénomène et la crainte d’un déclenchement de violence qui n’eut finalement pas lieu.

Cette année en revanche, pas besoin d’un déploiement important des forces de l’ordre. Tout au plus, 4 à 5.000 participants étaient présent à la Fortezza Da Basso pour ce septième forum social européen. Préparé soigneusement, cet événement témoigne d’un nouveau visage du mouvement des forums sociaux – conséquence sans doute de l’émergence des nouvelles formes de communication et de lutte.

programme firenze 1010
Programme de Firenze 10+10

Le forum social de cette année était chargé : austérité, éducation, secteur bancaire, biens communs, démocratie, droits du travail, de multiples discussions, débats et échanges ont eu lieu. Difficile de participer à tout !

Est-ce là une raison pour laquelle la « convergence », concept phare des forums sociaux, n’a pas eu lieu ? Si l’objectif était de réunir les forces disparates pour mieux lutter contre les politiques néolibérales, il semble que les différents groupes de travail cherchant ainsi à « converger », c’est à dire à parvenir à un consensus sur un certain nombre d’idées, revendications, actions communes, ne soient toujours pas en mesure de vaincre leurs langues de bois respectives.

Le revenu de base dans tout ça ?

Dans ce contexte, le Comité de Citoyens pour l’organisation d’une Initiative Citoyenne Européenne pour l’instauration d’un revenu de base inconditionnel s’était donné rendez-vous sur place et avait inscrit le sujet à l’agenda des discussions sur les droits sociaux et l’emploi. En outre, une réunion en marge de ce forum a été fixée pour faire avancer le projet (voir le compte-rendu ici).

Cependant, force est de constater que les nouvelles idées telles que le revenu de base inconditionnel ont eu du mal à se faire entrendre. Nous regrettons notamment le déséquilibre entre le poids des voix syndicales et la quasi absence de la représentation de collectifs et organisations de chômeurs et précaires. De ce fait, les discussions étaient plutôt centrées sur les revendications syndicalistes et les attentes portées sur la difficulté croissante de faire valoir les droits du travail en raison de l’oppression croissante des cadres juridiques (on y reviendra…).

Par contre, le Forum était la chance des reunions en plus petit comité. L’Initiative citoyenne européenne ont été présentés par Klaus et Ulli Sambor (ATTAC – Autriche) devant une vingtaine de personnes vivement intéressées. Et un consensus a même été atteint pour que ce thème soit présenté lors de la session de clôture du dimanche, ouvrant une perspective qui permet de discuter des droits sociaux et du travail sur fond d’une reflexion sur les droits de l’homme. Cette nouvelle piste de reflexion permet d’articuler le discours économique des syndicats avec celui plus politique de la précarité dans le cadre commun du système de la sécurité sociale.

Malgré ces quelques débats d’une grande intensité, les conclusions de ce forum social demeurent faibles. Les convergences recherchées n’ont pas eu lieu. Il suffit de lire la déclaration finale du sommet pour constater l’absence de revendications fortes exceptées le rejet de l’austérité et un agenda commun d’actions :

UNIR LES FORCES POUR UNE EUROPE COMMUNE

Notre démocratie à la place de l’Austérité

Organisations sociales, mouvements sociaux, syndicats et citoyens engagés dans la lutte à l’austérité et la dette, pour les biens naturels et sociaux, pour les droits sociaux et du travail, pour la démocratie, la justice sociale, la paix, pour la question du genre et les droit des migrants se sont réunis à Florence.

On appelle pour une mobilisation européenne permanente qui soutienne le luttes contre les crises et construise un avenir pour tout le monde en Europe et dans le monde entier. Telle mobilisation inclura à la fois des convergences et des actions décentralisées. La première initiative d’unification vers une ample convergence européenne est la Grève générale et les mobilisations contre l’austérité dans plusieurs pays de l’Europe le 14 Novembre 2012. On propose une journée commune d’action en occasion du Summit UE du Printemps, qui se déroulera à Bruxelles le 23 Mars. La forme et l’appel final pour cette mobilisation commune sera discuté et concordé dans les mois à venir dans un processus ouvert et participatif. On appel à s’engager dans les actions et mobilisations suivantes:

  • 18 Décembre 2012: Journée mondiale des migrants
  • 23-27 Janvier 2013: Action Contre la Financiarisation de la vie et des biens communs (action contre les banques)
  • 8 Mars 2013: Action européenne d’affirmation de l’émancipation de femmes face à l’austérité et la dette
  • 26-30 Mars 2013: Forum Social Mondial à Tunis
  • Mai 2013: Blockupy à Francfort (Allemagne)
  • 7-9 Juin 2013 (proposition): Alter Summit à Athènes (Grèce)
  • Juin 2013: actions en occasion de G8 Summit in UK
  • Actions solidaires concrètes à soutien des gens touchés par les politiques d’austérité ainsi que les victimes de la violence raciste et de l’abuse.

Toutes les organisations et les mouvements peuvent s’engager dans les actions auxquelles ils participent avec les modalités qui leur conviennent.

Il est peu de dire que de nombreux participants sont repartis déçus de ce forum social. « Madame Lagarde doit bien rigoler » ironisait Susan George, présidente d’honneur de ATTAC… « Nous devons accepter nos faiblesses » s’exclamait une autre syndicaliste italienne, néanmoins optimiste quant à la perspective d’un agenda commun.

Quant à l’idée d’un revenu de base inconditionnel, il est clair que le processus des forums sociaux rend l’émergence d’un consensus autour de cette idée difficile, mais inévitable. En effet, on aurait pu inclure cette idée dans chaque thème tellement elle est transversale et touche aux problèmes vitaux de la démocratie.

L’argent est le nerf de guerre, est le revenu de base inconditionnel est une idée capable de mobiliser les forces afin que nous, en tant que citoyens, reprenons en main la maîtrise de notre propre destinée, la défense des principes démocratiques, la lutte contre les abus, le partage des biens communs. Il est urgent que nous, partisans du revenu de base inconditionnel, organisions notre propre mouvement social. Il n’y aura personne pour le faire à notre place.

C’est d’ailleurs là tout l’objectif de l’initiative citoyenne européenne que de servir de catalyseur pour tous les partisans du revenu de base en Europe. À ce sujet, nous vous invitons à consulter notre compte rendu de la réunion du comité de citoyen organisateurs de l’ICE.

Angelika Gross et Stanislas Jourdan


Crédit images : cc Stanislas Jourdan

À propos

Le MFRB est une association transpartisane créée en mars 2013. Il se donne pour mission de promouvoir le revenu de base jusqu’à son instauration en France. Il regroupe plus de 80 dynamiques locales sur le territoire.

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