Contrairement à certaines informations qui diffusent sur la toile, la proposition de « revenu citoyen » soutenue par le mouvement de Beppe Grillo en Italie n’est pas équivalente à un revenu de base inconditionnel. Clarifications par Sabrina Del Pico, du réseau italien pour le revenu de base.

Article initialement publié sur le site Basic Income News.

En janvier 2013, quelques semaines avant les élections générales, Beppe Grillo, le leader haut en couleurs du Movimento 5 Stelle – M5S (Mouvement 5 Etoiles) déclarait : « La première chose que nous ferons, en rentrant au Parlement, sera d’introduire un revenu citoyen pour ceux qui ont perdu leur emploi ou qui n’ont pas d’emploi« . Et effectivement, lors de la campagne législative italienne, M5S a présenté un programme en 20 points, dont le second était ce que Beppe Grillo nomma incorrectement un « revenu citoyen ».

Ce terme est généralement utilisé comme synonyme du terme « revenu de base » pour un revenu inconditionnel, alloué à chacun, sans aucun contrôle des revenus ou travail en contrepartie. Grillo, pour sa part, utilise ce terme pour désigner une indemnité contre le chômage, allouée à la condition que les bénéficiaires soient prêts à accepter un travail s’il devait s’en libérer un. Grillo lui-même dit dans une récente interview :

l’agence pour l’emploi proposera un, deux, trois emplois. S’ils ne les acceptent pas, ils perdront l’indemnité

Il n’a même pas précisé si le travail offert devait être approprié aux aptitudes de la personne.

La victoire de M5S est éclatante. Il émerge des élections comme le parti ayant le plus d’élus dans la Chambre des Députés grâce à plus de 8,7 millions de voix, presqu’un quart des suffrages exprimés. Son leader n’a pas abandonné ses promesses de campagne électorale et a continué de défendre l’introduction de ce qu’il appelle un revenu citoyen comme l’une des plus importantes mesures à prendre.

S’il faut reconnaître qu’il est remarquable qu’un politicien italien au pouvoir mette à l’agenda des mesures traitant des conditions économiques de ses citoyens ; il faut néanmoins souligner que cela a ajouté de la confusion dans le langage politique. En témoigne par exemple cet article qui confond visiblement la proposition de Beppe Grillo avec un véritable revenu de base.

Des modalités vagues – si ce n’est qu’il faut chercher du travail

La proposition de M5S consiste à allouer 1.000€ par mois pendant 3 ans aux chômeurs. Cette proposition est relativement vague dans sa mise en place, sauf sur un point : l’allocation est entièrement soumise à la condition que le bénéficiaire soit prêt à travailler ou au moins qu’il montre son engagement à suivre une trajectoire de réintégration.

Il est alors clair que ce qu’ils nomment revenu citoyen n’est en fait qu’une forme d’allocation chômage, taxable ou non. Ce n’est pas une simple différence linguistique. Cela cache – ou révèle, selon le point de vue – une connaissance inadéquate et superficielle des politiques d’aide sociale par la sphère politique, dont la conséquence est le risque de mettre en place une mesure de Workfare sous le nom revenu de base.

Néanmoins, cette proposition a lancé un débat animé dans le monde politique au sujet de la nécessité de mettre à disposition des citoyens faisant face à des problèmes économiques une aide au revenu sous une forme ou une autre. Presque tous les partis italiens ont maintenant pris conscience de la nécessité de mettre en place un système d’aide au revenu comme fait inéluctable.

D’ailleurs, en juillet 2012, BIN Italia, en collaboration avec plusieurs associations et organisations de terrain avait déjà lancé une campagne pour proposer une initiative populaire pour un revenu minimum garanti en Italie.

La campagne, qui a pris fin en décembre 2012, fut un réel succès. Elle a atteint son son objectif de collecter 50.000 signatures, et par conséquent, cette initiative populaire pour un revenu minimum garanti pourrait non seulement représenter une importante contribution au débat actuel mais également aider à déterminer la mise en place et les aspects pratiques des réformes sociales en Italie.


Traduction : Aurélien Cabanillas et Sébastien Desautel

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