Invité à participer à une émission télévisée consacrée au revenu de base, Bernard Friot a de nouveau prononcé son opposition au revenu de base.

C’est un casting confus et précipité que nous a composé l’équipe de Frédéric Taddeï pour parler du revenu de base lors de l’émission Ce soir ou Jamais du vendredi 7 juin. Le jour même, l’équipe de l’émission annonçait que Bernard Friot y « défendrait » le revenu universel, un choix curieux lorsque l’on sait que la proposition de salaire à vie de ce dernier diffère en plusieurs points de celle du revenu de base – ce qu’il confirmera lui-même lors de l’émission !

Face à ce que nous considérons comme une erreur de casting, nous avons rapidement interpellé l’équipe de l’émission qui a finalement invité Mona Chollet, journaliste du Monde Diplomatique, qui a eu la gentillesse de se libérer au dernier moment. Cette invitation aura permis d’amoindrir les dégâts.

« Une  roue de secours du capitalisme »

Frédéric Taddeï a eu la sagesse de lancer le débat sur la problématique du travail vs emploi mais très vite Bernard Friot souligne l’opposition de son modèle du salaire à vie avec celui du revenu de base, qualifiant ce dernier de « roue de secours du capitalisme… »

Pire, il montrera sa méconnaissance du mouvement pour un revenu de base, prétendant que l’initiative citoyenne européenne que nous défendons serait une proposition de l’Union Européenne. Or, c’est évidemment l’exact contraire : l’initiative que nous portons provient bien de la société civile et vise précisément à forcer la Commission européenne à s’intéresser à l’idée du revenu de base, ce qu’elle n’a jamais fait jusqu’à aujourd’hui. Une grossière erreur que Mona Chollet n’aura hélas pas le temps de rectifier.

Visiblement confondu par ce malencontreux casting, l’animateur sera d’ailleurs relativement absent du débat, débordé et peu à l’aise avec les concepts abordés, laissant principalement Bernard Friot déverser sa bile et s’en prendre vertement aux autres invités – ce qui naturellement n’a pas vraiment réussi à les convaincre.

Celui qui a priori était invité pour réagir positivement sur l’actualité suisse, qui montre actuellement une avancée remarquable de l’idée d’un revenu de base pour tous dans le débat public, a totalement annihilé les chances d’un débat constructif en interrompant sans cesse les invités supportant le revenu de base avec le contenu de son idée. C’est même l’inverse qu’il provoque. Martin Hirsch, à l’origine du Revenu de Solidarité Active (RSA) prononçant dans la confusion cette phrase terrible : « Je suis de moins en moins pour le revenu universel. »

Il faut dire que les agressions verbales de Bernard Friot inspirent peu confiance. De même, son discours sur les chiffres est délirant : 1.500 euros pour tous à 18 ans, progressant selon les qualifications atteintes à 6.000 euros, selon la carrière salariale. Ce que Martin Hirsch complète fort à propos : « et ceux qui rasent gratis à vie ont une prime supplémentaire »…

« Le salaire à vie n’a rien à voir avec le revenu de base »

Le seul point rassurant dans ce débat profondément déséquilibré : Bernard Friot a répété clairement et plusieurs fois que son modèle « n’a rien à voir avec le revenu de base ». Espérons que les téléspectateurs le retiendront et s’abstiendront de ce mélange des genres.

Car la proposition de Mr Friot d’un salaire à vie conditionné par le niveau de compétence, est une proposition fortement paternaliste, peu évolutive, récompensant au mérite celui qui saura suivre les règles mises en place par le législateur.

C’est sur ce point que le revenu de base montre toute sa force, puisqu’il n’est rien attendu de personne, sinon d’être soi-même. Il est universel car pour quelle raison une personne instruite intellectuellement gagnerait a priori plus qu’une personne douée pour les arts par exemple ? Si une personne réussit à mettre en valeur ses dons dans la société, au service des autres pour un revenu supplémentaire, libre à lui. La société a besoin de la diversité d’hommes et de femmes s’épanouissant en toute liberté ; toute incitation élitiste la pervertirait.

Le revenu de base, une proposition positive

Nous avons pu voir en direct la nocivité des attaques de Bernard Friot contre les entrepreneurs, les chefs d’entreprise, le capitalisme et toutes les propositions dites « réactionnaires » qui ne collent pas à son idée. Retenons cette façon de faire comme un avertissement. On ne peut imaginer un nouveau modèle de vivre ensemble, on ne peut construire une nouvelle société que si l’on est prêt à respecter chacun de ses membres.

Loin des accusations outrancières de M. Friot, le revenu de base que nous défendons est une proposition résolument positive, ce que la philosophe Cynthia Fleury a bien compris :

Ce qui est passionnant dans le débat sur le revenu universel, c’est cette volonté de dissocier vraiment l’emploi du travail, de ne pas superposer le fait que l’emploi et le travail sont la même chose. C’est décisif pour l’émancipation, c’est décisif pour la dignité humaine.

Vivement un prochain débat pour enfin discuter de ce vrai sujet !


Avec les contributions de Damien Vasse, Sébastien Desautel, et Stanislas Jourdan.

À propos

Le MFRB est une association transpartisane créée en mars 2013. Il se donne pour mission de promouvoir le revenu de base jusqu’à son instauration en France. Il regroupe plus de 80 dynamiques locales sur le territoire.

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