La première université d’été du revenu de base, qui s’est tenue près de Périgueux du 21 au 23 août 2014, a permis de rapprocher les différents courants qui militent pour le revenu de base et de faire grandir le Mouvement Français pour un Revenu de Base (MFRB). Retour sur les moments forts de ces trois jours.

L’intégralité des vidéos des ateliers sera bientôt en ligne. Nous actualiserons cet article au fur et à mesure. Vous pouvez d’ores-et-déjà retrouver les vidéos des plénières sur notre chaîne Youtube.

Fruit d’un travail de plusieurs mois, la première université d’été du revenu de base fut un succès, ayant réuni près de 600 participants, dont une quarantaine d’intervenants et une cinquantaine de bénévoles.

Pour cet événement phare de l’année, le MFRB avait obtenu la confiance de la municipalité de Coulounieix-Chamiers et du conseil Régional d’Aquitaine, qui nous ont mis à disposition le lycée agricole de la commune. Un lieu idéal pour cette manifestation, notamment grâce aux 300 couchages sur place qui ont facilité la logistique pour le MFRB et pour tous les participants.

Un programme pour tous les goûts

Au total, 7 conférences plénières, 2 ‘conférences gesticulées’, une avant-première et plus de 25 ateliers ont constitué le programme de réflexion de cette riche université. Création monétaire, métamorphoses du travail, féminisme, décroissance, expérimentations, écologie, technologie, financement, économie collaborative, agriculture, démocratie… de nombreuses problématiques ont été abordées et développées par les différents intervenants… et les participants !

Après une cérémonie d’ouverture et une première session d’ateliers, la première conférence plénière était dédiée à la critique de certains points de vue féministes sur le revenu universel. Un défi relevé avec brio par Agnès Maillard et Carole Fabre, activiste pour un revenu de base et initiatrice de la pétition pour un revenu de vie, qui ont su développer, sous forme de dialogue, les arguments féministes pour et contre le revenu de base sur les plans historique, philosophique et pratique. Des réflexions qui invitent également à remettre en question notre approche de la structure familiale. Pour visionner la vidéo de la conférence, c’est ici :

La première soirée de cette université a ensuite été consacrée à la présentation officielle du nouveau film de Michaël le Sauce, « Un revenu pour la vie », en présence du réalisateur et de plusieurs intervenants du film. « Parler d’un revenu de base, c’est envisager de s’autoriser à rêver ». À travers de nombreuses interviews proposant des témoignages variés, Michaël le Sauce questionne le sens de l’emploi et redonne de la valeur à l’activité, observe les effets du temps « libéré » sur les individus, et nous invite à réfléchir sur la démocratie, le vivre-ensemble, la confiance, la sobriété, la dignité… De très riches échanges ont suivi la projection de ce film qui sera diffusé – avant sa sortie officielle fin 2014 – dans de nombreux groupes locaux, dès la rentrée. Ce documentaire est l’aboutissement d’un travail collectif autour de créations dédiées au revenu de base, par des membres du collectif “Les Zooms Verts”. Tous les détails sont sur le site creations-revenudebase.org.

Le moment phare de la deuxième journée — certainement la plus chargée — fut la plénière intitulée « Les sept péchés du système socio-fiscal français », avec Marc de Basquiat, expert de l’approche fiscaliste du revenu de base et auteur d’une thèse en économie sur le sujet. Il était accompagné sur scène de Michel Meunier, ancien président du Centre des Jeunes Dirigeants, et de Léon Régent, ingénieur à la retraite travaillant également sur les questions de financement du revenu de base. Cette présentation avait pour objectif de démontrer l’absurdité du système fiscal actuel pour nous permettre d’œuvrer collectivement pour l’améliorer.

Vous pouvez en retrouver la démonstration sur ce lien, ainsi que la vidéo complète ici :

« La crise économique est issue, notamment en France, d’une incapacité à s’adapter à des réalités. On continue à alimenter un système qui fonctionne mal et qui ne sert pas la démocratie. Ceux qui souffrent le plus de ce système, ce sont ceux que l’on entend le moins » — Michel Meunier.

Cette conférence a été suivie d’un atelier très prisé dédié au financement du revenu de base axé sur la présentation des propositions développées par Marc de Basquiat, dont vous pouvez retrouver la présentation ici (pdf).

Et si nous écrivions nous-même notre revenu de base ?

Après une nouvelle session d’ateliers, tous les participants se sont réunis dans l’auditorium pour deux plénières. La rencontre avec Étienne Chouard, penseur très prolifique sur les questions de démocratie, était particulièrement attendue. Sans se considérer comme expert de cette question, Étienne Chouard sympathise avec les idées de revenus inconditionnels déconnectés de l’emploi, qu’il qualifie même de « bombe atomique contre notre dépendance à la monnaie ». Mais Étienne Chouard tient à nous alerter : il ne faut pas attendre que les personnes au pouvoir, qui ont mis en place ce chantage à l’argent, se décident à mettre en place le revenu de base. Son message est clair : « La liberté ne se demande pas », a-t-il martelé dans un auditorium plein à craquer. Voir la conférence :

Étienne Chouard est donc venu nous proposer une démarche innovante lors d’un atelier constituant, dont l’objectif a été d’écrire nous-même des textes de lois qui garantiront un revenu de base à tous les citoyens dans la Constitution. Un atelier très suivi qui a permis aux participants de se réapproprier le pouvoir d’écrire les lois et de créer eux-mêmes les conditions de l’instauration d’un revenu de base inconditionnel.

Créer nous-même notre revenu de base, c’était aussi l’objet de l’atelier de présentation de la Théorie Relative de la Monnaie avec Stéphane Laborde que vous pouvez visionner ici.

Le revenu de base comme alternative à l’exploitation des internautes

La deuxième plénière du vendredi 22 août a permis d’aborder l’idée d’un revenu de base par un tout autre chemin : celui de l’évolution technologique, du développement des réseaux sociaux, de l’agrégation des données personnelles et de leur exploitation par les entreprises commerciales.

Pour Antonio Casilli, spécialiste de la sociologie des réseaux, « derrière l’internet du don/contre-don se cache une dynamique d’exploitation des internautes ». Ce constat, que partagent de plus en plus d’observateurs (le chercheur allemand Trebor Sholz notamment), conduit à la nécessité de renforcer le droit des internautes sur les données personnelles, par exemple en instaurant collectivement une captation par l’impôt des profits de l’exploitation des données privées, qui alimenterait un revenu de base versé à tous. Une conférence très stimulante à consulter ici :

Pour clôturer en beauté cette journée déjà bien dense, Alexis Lecointe, du collectif « Les Zooms Verts », a présenté en avant-première sa conférence gesticulée sur le thème « Travail libre, revenus de base et autres rêvolutions ». Deux heures réjouissantes mêlant fondements philosophiques des revenus de base, exemples concrets issus d’expériences personnelles et interactions spontanées avec les participants, comme ce débat mouvant (forme de débat dynamique qui favorise la participation) pour lequel les 200 spectateurs ont été invités à monter sur scène pour débattre d’une question polémique autour du revenu de base. De quoi travailler nos argumentaires et poursuivre l’implication active de chacun dans l’avènement d’une société avec revenu de base !

Tout le monde su scène pour le débat mouvant !
Tout le monde sur scène pour le débat mouvant !

Une université d’été sous le signe des convergences

La troisième et dernière journée a été marquée par une conférence dite de « convergence » dont l’objectif, après avoir débattu pendant 2 jours et demi, a été de tenter d’identifier les points d’accord ou de désaccord entre les différents courants du revenu de base. Un exercice difficile, voire impossible ?

Pourtant, en dépit de différences idéologiques avérées entre les intervenants allant de Marc de Basquiat, chrétien catholique engagé, jusqu’à Vincent Liégey, militant de la décroissance, une certaine entente a émergé sur le point de clivage entre les revenus de base : celui-ci ne porte pas tant sur le montant que sur le projet de société à construire au-delà du revenu de base.

Ainsi, Vincent Liégey a tenu à rappeler que « le revenu de base n’est pas une simple question comptable », mais une ouverture sur une société basée sur une économie radicalement différente : plus locale, respectueuse de l’environnement, déconnectée du pouvoir de l’argent. Frédéric Bosqué, bien que fervent défenseur d’un revenu de base suffisant pour vivre, a renchéri en déclarant qu’il soutiendrait un projet de loi qui instaurerait un revenu de base inconditionnel même à 1€ par mois, car il constituerait un premier pas vers un changement de paradigme. Le philosophe Jean Zin a également tenu à affirmer l’urgence sociale du revenu de base, tout en soulignant l’impossibilité politique d’obtenir — à l’heure actuelle — un revenu de base « suffisant ».

Autrement dit, il faut relativiser l’importance du montant du revenu de base, et travailler à intégrer le revenu de base dans des projets de société cohérents et progressistes. Ainsi Marc de Basquiat a tenu à réaffirmer son attachement aux acquis sociaux de l’après guerre, et a appelé le MFRB à intégrer dans sa charte la volonté de ne pas les remettre en cause.

Après ce beau moment d’unité pour le Mouvement Français pour un Revenu de Base, dont la démarche transpartisane est l’une des clés de voûte, l’auditorium a laissé la place à Gérard Foucher pour sa conférence gesticulée « Les secrets de la monnaie ». Une conférence très suivie et appréciée, dans laquelle il a expliqué les ressorts de la création monétaire et l’urgence de réformer le système monétaire, pour conduire à la mise en place d’un revenu de base pour tous.

Après une dernière plénière avec François Plassard sur la thématique du temps libéré (voir la vidéo ici), une triste nouvelle nous est parvenue : le décès de Yoland Bresson, économiste précurseur qui avait théorisé le revenu d’existence dès les années 1970. Yoland devait être présent avec nous pendant ces journées, mais avait dû décliner l’invitation pour des raisons de santé. Le MFRB tient à rendre hommage au travail de longue haleine réalisé par Yoland Bresson. Nos pensées vont à ses proches.

Comme l’ont témoigné l’ensemble des présents lors des cercles de restitution où ils ont été invités à faire remonter leurs impressions sur l’événement, cette première université d’été a été un grand succès pour tous ceux qui y ont participé d’une manière ou d’une autre. Y compris pour les organisateurs de l’événement ! La diversité et le caractère participatif des ateliers  (qu’il aurait été trop long d’essayer de résumer ici) ont favorisé des interventions de qualité de la part des participants et des échanges d’une richesse remarquable. C’est la preuve même que lorsque l’on donne aux individus les moyens de s’exprimer et de contribuer au collectif, on sème la graine d’une société plus humaine et plus conviviale, celle que nous appelons de nos vœux en exigeant un revenu de base.

Et pour immortaliser l’événement, rien de tel qu’une grande photo de famille :

Le MFRB, un mouvement citoyen et transpartisan !
Le MFRB, un mouvement citoyen et transpartisan !

Un grand merci à tous les participants, bénévoles et intervenants pour avoir contribué à la réussite de cette première université d’été consacrée au revenu de base. À l’année prochaine ?

Retrouvez les vidéos en ligne sur youtube et toutes les informations concernant l’université sur le site universite.vps286884.ovh.net !