Grâce au débat suscité par le référendum sur l’indépendance de l’Écosse qui se déroule aujourd’hui, l’idée du revenu de base commence à faire son chemin dans les esprits. Selon Simon Duffy, une victoire du ‘oui’ à l’indépendance pourrait augmenter les chances de voir l’idée devenir réalité.

Tribune de , directeur du Centre for Welfare Reform, traduction par Stanislas Jourdan

C’est un grand jour pour le Royaume-Uni. L’Écosse doit décider aujourd’hui de quitter ou non le Royaume-Uni, et ainsi devenir un pays indépendant. L’une des raisons évoquées pour cette mesure audacieuse est d’aller vers plus de justice sociale. Mais que cela signifie-t-il ?

Il y a eu peu de couverture médiatique des thèmes de justice sociale et des réformes de la protection sociale dans le débat autour de l’indépendance. À la place, les questions économiques ont été centrales – comme s’il l’on pouvait douter qu’une économie de 5 millions de personnes qualifiées soit capable de faire fonctionner une économie. Et même si le gouvernement écossais a créé un groupe de travail composé d’experts de la protection sociale, il n’y a pas vraiment eu d’attention portée sur les réelles injustices du système de protection sociale existant.

Les échecs les plus importants du système britannique actuel sont détaillés dans un nouveau rapport du Centre for Welfare Reform [Centre pour la réforme de l’État providence, ndlr] intitulé « Débarrassons-nous du Ministère du Travail et des Pensions – Hypothèse pour un revenu de base en Écosse » – publié cette semaine, et dont les résultats principaux sont les suivants :

  1. Des inégalités de revenu profondes et en augmentation – Le Royaume-Uni est le troisième pays le plus inégalement développé au monde. Les 10% de familles les plus pauvres doivent vivre avec moins de 100£ [environ 126 euros, ndlr] par semaine, une fois les taxes acquittées. Les familles à revenus moyens gagnent 5 fois plus, alors qu’au sommet 10% gagnent 14 fois plus.
  2. Une taxation agressivement régressive – les 10% de plus pauvres paient environ 50% de taxes sur leurs revenus, soit 15% de plus que le reste de la population (voir le graphique).
  3. Des incitations perverses et nuisibles – le système d’impôt et d’allocations est tellement confus qu’il amène à des taux d’imposition marginaux de 100% sur les plus pauvres, nuit à la vie de famille, réduit l’efficacité économique et diminue les contributions sociales.
  4. Des systèmes incohérents – la séparation entre les systèmes de prélèvements et celui des prestations (les deux fonctionnant totalement différemment), combinée à l’existence d’un Département du travail et des retraites inefficace, a créé un système stigmatisant, chaotique et ingérable.

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Tout cela n’est pas nécessaire : il n’y a rien de rationnel ou d’inévitable dans la forme actuelle de la protection sociale ; et le gouvernement britannique actuel a déjà montré qu’il est possible de radicalement changer le système (même si malheureusement ses ‘réformes’ le rendent encore bien pire). Il est donc certainement possible pour l’Écosse de développer un meilleur système, et dans notre rapport nous en proposons un : la sécurité du revenu de base.

Ce concept, aussi appelé ‘revenu citoyen’, est de plus en plus connu. Il signifie que l’on distribuerait à chacun, sans condition, un revenu non-imposable. C’est une proposition radicalement différente du système socio-fiscal actuel — mais parfaitement faisable. En l’instaurant, nous supprimerions du jour au lendemain les terribles trappes à pauvreté, parties intégrantes du système actuel.

Mais l’idée du revenu de base va plus loin que cela : elle propose que le niveau du revenu de base soit suffisamment élevé pour en finir avec la pauvreté. Personne ne devrait avoir un revenu inadéquat qui les empêcherait de contribuer à la société en tant que citoyen. De plus, ce droit à l’existence dans la dignité devrait être gravé dans le marbre de la Constitution, afin de protéger les droits des plus pauvres. Car comme nous l’avons vu au Royaume-Uni, sans protection par la Constitution, les droits sociaux se détériorent rapidement.

Bien sûr, il ne faut pas nécessairement obtenir l’indépendance de l’Écosse pour obtenir ce genre de réformes. Mais si la justice sociale est vraiment importante dans le débat en Écosse, alors ce genre de questions devraient être discutées. Si une plus grande justice sociale est l’un des objectifs d’une Écosse indépendante, alors il est important que les gens croient que cet objectif est possible – car c’est bel et bien le cas.

Si une plus grande justice sociale est l’un des objectifs d’une Écosse indépendante, alors il est important que les gens croient que l’objectif d’instaurer un revenu de base est possible – car c’est bel et bien le cas.

Ces observations sont également valables pour ceux qui préfèrent conserver l’unité du Royaume-Uni, dont beaucoup souhaitent donner davantage d’autonomie à l’Écosse dans le cadre d’une réforme de l’Union Britannique […]. Si cette conviction est sincère, il serait souhaitable d’explorer le sens d’une telle réforme constitutionnelle. La question de la décentralisation ou de l’indépendance ne concerne pas tant l’amélioration de la gestion économique, que le fait d’accorder à deux pays, deux territoires, deux communautés différents, la chance de développer leurs propres solutions, à leur manière. C’est une question de Liberté et de Justice.

Le Royaume-Uni est l’État Providence le plus centralisé du monde. Presque tout est décidé à Whitehall [quartier de Londres où se situent les ministères], mais nous continuons à fermer les yeux. Si l’Union entre l’Écosse et le reste du Royaume prend fin, peut-être serait-ce parce que nous avons failli, depuis trop longtemps, à dénoncer la centralisation et la bureaucratisation de l’État providence du Royaume-Uni.


Crédit photo CC Ric Lander