Alors que la Suisse s’apprête à voter pour ou contre l’instauration nationale d’un revenu de base ce dimanche, nous donnons la parole à l’un de ses militants de la première heure, Enno Schmidt, connu notamment pour son film Le revenu de base, une impulsion culturelle.

Lors de son intervention à la conférence « Future of Work » le 4 mai dernier à Zurich et d’une interview accordée au journal allemand taz le 28 mai, Enno Schmidt, artiste, écrivain, réalisateur et initiateur de la campagne pour un revenu de base inconditionnel en Suisse, a rappelé à l’aube du référendum suisse en quoi le revenu de base inconditionnel représentait un changement sociétal profond. L’intensité actuelle du débat provoquée par l’initiative populaire suisse mérite une mise au point sur l’intention de ses initiant-e-s d’impulser un tournant historique pour l’humanité : celui d’aborder sereinement le virage de la 4ème Révolution Industrielle en décidant collectivement et démocratiquement d’un nouveau modèle de société.

L’inconditionnalité au cœur du débat

Depuis son lancement en 2008, l’initiative suisse pour l’instauration d’un revenu de base inconditionnel a posé au cœur des discussions la notion d’inconditionnalité dans sa dimension culturelle. Outre la lutte contre l’exclusion sociale des plus démuni-e-s, le concept d’inconditionnalité fait émerger deux nouvelles questions dans le débat public. La première relève du plan individuel : que ferais-tu si ton revenu était assuré ? Le RBI invite chaque personne à se questionner, puis à s’accomplir dans une activité qu’elle considère comme importante et juste. La deuxième invoque notre rapport aux autres : es-tu prêt à assurer inconditionnellement une existence digne à tes concitoyen-ne-s ?

Voir : «Inconditionnalité» court-métrage réalisé par Jürg Montalta

http://www.bedingungslosigkeit.com/

C’est ainsi que l’idéal de liberté et celui de solidarité, deux notions qui se sont bien souvent construites de manière antagoniste durant le siècle dernier, s’entremêlent dans l’idée de revenu de base inconditionnel. Et c’est pourquoi ce référendum cristallise une confrontation entre l’idée d’inconditionnalité, foncièrement nouvelle dans le débat politique, et des représentations anciennes qui s’efforcent à conserver les clivages entre pauvres et riches, assisté-e-s et payeur-euses.

Redessiner une économie porteuse de sens

Comment repenser la valeur travail dans l’ère de l’automatisation et de la numérisation ? Les initiant-e-s affirment que l’économie de demain doit dépasser les dictats de l’efficacité et du profit à court terme, tout comme la mise sous pression et l’obligation dans cette structure hiérarchique qu’est l’entreprise. Il nous faudrait au contraire redessiner collectivement et démocratiquement une économie porteuse de sens pour les personnes qui la font vivre, où la créativité et la capacité à collaborer — valeurs non automatisables — gagneront certainement en importance.

À l’image du siècle des Lumières qui a précédé la Révolution Industrielle du XIXème siècle, nous devons réfléchir collectivement à un nouveau contrat social compatible avec les avancées techniques de notre siècle, afin d’aborder sereinement l’inéluctable transition vers la quatrième révolution industrielle.

La démocratie directe et le revenu de base inconditionnel : rendre les citoyen-nes souverain-e-s de leurs décisions

Le processus de démocratie directe est inhérent au concept de revenu de base inconditionnel car il s’agit d’un débat collectif, impulsé par et pour le peuple, sur les choix de société souhaitée, où les décisions individuelles et collectives des citoyen·ne·s sont souveraines. Si les résultats du référendum ne seront annoncés que dimanche, il est cependant possible d’affirmer dès aujourd’hui que cette initiative dynamise le débat suisse et international sur la place que l’on veut donner au travail, à la liberté et à la solidarité dans nos sociétés. Débattre collectivement sur un revenu de base inconditionnel, c’est déjà faire quelques pas vers son instauration…