Le 24 mai 2016 s’est tenue à Périgueux une soirée-débat confrontant les points de vue d’un défenseur d’un revenu de base inconditionnel et d’une défenseure du salaire à vie proposé par le Réseau Salariat. Cette soirée-débat a été organisée avec l’association d’éducation populaire Le Quai, dans le cadre d’un cycle ayant pour thème la précarité chez les artistes.

Étendre la logique du régime d’intermittence des artistes à tous les membres de la société permettrait-il de repenser le rapport à l’emploi et au salariat pour tous les travailleurs ? C’est ce que suggérait en substance André Gorz quand il écrivit en 1988 son livre Métamorphoses du travail. C’est aussi à partir de cette question que l’association périgourdine d’éducation populaire Le Quai a songé à présenter les différentes approches ayant trait au versement d’un revenu à tous et sans conditions. Il existe bien sûr une différence entre verser un revenu de substitution au salaire pendant les périodes creuses et verser un revenu venant s’additionner à toute forme de salaire ou de rente. Mais la question de la déconnexion du revenu d’avec la vente effective de la force de travail demeure cependant lorsqu’on aborde les deux sujets que sont revenu de base inconditionnel (RBI) et salaire à vie.

Là où les revenus de base se rejoignent

La soirée du 24 mai a donc commencé par une intervention d’Arthur Mignon, co-référent du groupe local de Périgueux du MFRB, qui a présenté de manière synthétique les grandes approches concernant la mise en place d’un revenu de base en y ajoutant un point de vue personnel concernant les fondements philosophiques qui justifient un tel revenu. Ici le fichier son de l’intervention :

 

Une précision doit être apportée sur la partie concernant la théorie relative de la monnaie (TRM). L’exemple des trois sœurs ayant respectivement trois, six et neuf ans, tiré d’un document intitulé La TRM pour les enfants, fait référence aux écarts de richesse qui peuvent exister entre jeunes et vieux au sein d’une même société. On peut comparer l’âge des trois sœurs à l’argent dont chacune dispose au départ, avant que ne soit institué le système de monnaie à dividende universel fondé sur la TRM. Neuf ans représentent trois fois trois ans. La troisième sœur est donc trois fois plus riche en années de vie que la première. Si on laisse passer cinquante ans, les sœurs auront respectivement cinquante-trois, cinquante-six et cinquante-neuf ans. Mais cinquante-neuf ans ne représentent pas trois fois cinquante-trois ans. C’est comme si l’on avait accordé à chacune des trois sœurs un revenu comptabilisé en années de vie d’un an tous les ans. L’écart de richesse en années de vie, considéré proportionnellement, se réduit donc à mesure que le temps passe du fait de l’octroi régulier de ce « revenu » pour tendre vers le nul. Verser un revenu de base dans le cadre d’un système fondé sur la TRM contribue à résoudre les conflits de génération.

Les monnaies qui se fondent sur la TRM peuvent voir le jour sous forme de monnaies libres qui ne dépendent pas de l’État pour exister, mais, tout comme les propositions de revenu de base financé par l’impôt, plus connues, elles posent la question de l’avenir de la Sécurité sociale, brièvement évoqué dans la Charte du MFRB.

La place de l’État, principale pierre d’achoppement

Après l’exposé d’Arthur Mignon, Nadja Martinez, présidente du Quai, a introduit la vidéo d’Usul, qui présente de manière partisane le concept du salaire à vie :

La proposition de salaire à vie est parfois présentée comme un possible revenu de base inconditionnel étant entendu que le premier échelon octroyé d’emblée à tout le monde entre en concordance avec la définition d’un RBI donnée dans la Charte du MFRB et que les échelons supérieurs de rémunération, étant optionnels, comprennent les revenus venant s’additionner au « revenu de base » que constitue le premier grade. Mais Bernard Friot, théoricien du salaire à vie, a déjà eu l’occasion d’échanger avec Baptiste Mylondo dans l’émission Arrêt sur images et d’y exposer ce qui entretient véritablement sa défiance vis-à-vis d’un simple revenu de base inconditionnel, même d’un montant élevé :

L’enjeu, pour les défenseurs du salaire à vie, est de mettre en place une économie intégralement gérée par les travailleurs au travers de caisses, dans une logique de dépérissement de l’État. C’est ce qui fonde la critique du Réseau Salariat vis-à-vis des propositions de revenu de base financé par la fiscalité, au-delà de la simple question du montant. Mais cette critique ne tient pas compte de l’éventualité d’un RBI versé dans le cadre d’une monnaie libre, sans redistribution effectuée par la machine étatique (voir notamment comment fonctionne Monnaie M, système fondé sur la TRM). L’Association pour l’Économie Distributive, qui publie la revue La Grande Relève, est du reste favorable à ce type d’initiative.

La question du travail : deux approches antagonistes

Un autre point mérite d’être considéré dans le projet de salaire à vie. « Je ne crois pas en un être humain naturellement vertueux » avait dit Bernard Friot pour justifier le système d’échelons de salaire que les partisans du Réseau Salariat prévoient d’établir. Introduire la valeur du mérite, sur laquelle repose largement aujourd’hui la contrainte à l’emploi, peut laisser planer quelques doutes sur le caractère réellement émancipateur d’un tel système. Ne vaudrait-il pas mieux sortir du constructivisme, autrement dit préférer libérer les gens du travail plutôt que libérer le travail des gens ? Il s’agit là d’une question de positionnement moral personnel, mais qui mérite d’être soulevée.

Voir, pour le résumé de cette soirée, l’article de Laura Sansot paru sur le blog Art Péri’ Cité.


Photo : Véronique Pellissard

À propos

Le MFRB est une association transpartisane créée en mars 2013. Il se donne pour mission de promouvoir le revenu de base jusqu’à son instauration en France. Il regroupe plus de 80 dynamiques locales sur le territoire.

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