Un sondage récent montre qu’une large majorité (54 %) de la population européenne serait favorable à ce que la BCE injecte directement de l’argent aux citoyens, et met en évidence les nombreuses raisons pour lesquelles la mesure mérite d’être expérimentée.

Adaptation française : Philippe Dubrulle

Au cas où cela n’était pas déjà évident : la plupart des européens aimeraient recevoir de l’argent directement de la BCE, en vertu d’une proposition généralement surnommée “monnaie hélicoptère” par les économistes ou “Quantitative Easing pour le Peuple”.

Une enquête récente menée pour la banque néerlandaise ING montre que pas moins de 54% des répondants pensent que la « monnaie hélicoptère » serait une bonne idée, alors que seulement 14% sont contre. Les 31% restants sont indécis.

Cette enquête a été menée par l’institut de sondage Ipsos entre le 3 juin et le 24 juin 2016 via un sondage sur internet d’un échantillon de près de 12 000 personnes dans 12 pays. C’est le plus grand sondage réalisé jusqu’ici sur ce sujet.

La monnaie hélicoptère augmenterait effectivement la consommation.

L’enquête interroge également sur la façon dont les gens utiliseraient l’argent octroyé, en supposant qu’ils recevraient 200 € par mois pendant un an. Selon l’enquête, 26 % consommerait immédiatement la majeure partie de l’argent donné par la BCE. La banque néerlandaise en conclut que le coup de pouce économique provenant de l’hélicoptère serait « douteux ».

Pourtant cette interprétation semble indûment pessimiste : d’après les propres calculs d’ING, qui supposent que seulement 26 % de l’argent hélicoptère distribué est immédiatement dépensé, cette opération stimulerait immédiatement le PIB de la zone euro de 2 %, sans même prendre en compte les effets secondaires.

Si les gens dépensent plus que 26 % de l’argent total, l’effet serait encore plus élevé. Par exemple, lorsque l’Australie a émis une « prime fiscale » en 2009, environ 40 % des ménages ont tout dépensé immédiatement. Une augmentation de 2 % ou plus du PIB ne peut guère être qualifiée de bénéfice « douteux ».

D’ailleurs, une enquête similaire (pdf) menée par le fonds d’investissement Astellon Partners auprès de 2 500 personnes dans les quatre plus grands pays de la zone euro présente ses résultats d’une manière beaucoup plus positive. L’enquête Astellon permettait aux gens de déclarer plus d’une option pour la façon dont ils utiliseraient l’argent s’ils recevaient 300 € par mois, dans une liste comprenant l’épargne, les dépenses, la réduction de leur temps de travail et la réduction de la dette.

En Allemagne, par exemple, 100 % des personnes ont déclaré qu’elles augmenteraient leurs dépenses, et ce quel que soit leur niveau de revenu.

En outre, l’enquête ING indique que les citoyens des pays de la zone euro affichent clairement un comportement de dépense plus élevé que les citoyens des pays hors zone euro inclus dans l’échantillon. Cela rend le cas de l’argent hélicoptère particulièrement pertinent dans la zone euro.

Le paiement des dettes et les économies sont aussi des dépenses futures

Si l’objectif de l’argent hélicoptère est de stimuler la demande, le fait que certaines personnes ne dépensent pas la plupart de l’argent immédiatement n’est pas nécessairement une mauvaise chose. Lorsque les gens paient leurs dettes personnelles (les deux enquêtes suggèrent qu’entre 15 et 25 % des gens utiliseraient l’argent pour réduire leurs dettes), cela signifie qu’ils sont susceptibles d’augmenter les dépenses à l’avenir parce qu’ils auront davantage de revenu disponible (et davantage de capacité à s’endetter à nouveau).

Et quand les gens économisent, par exemple pour acheter une voiture ou mettre de l’argent dans une pension, l’argent sera normalement dépensé dans l’avenir. Cela suggère que presque tous les fonds créés sont susceptibles de stimuler la demande à un certain degré à un certain stade.

La monnaie hélicoptère, une politique peu risquée

En fin de compte, les enquêtes démontrent que les risques liés à l’utilisation de l’argent hélicoptère sont minimes, comparativement à certaines des solutions alternatives évoquées tels que les taux d’intérêts négatifs et le QE. ING a constaté que 70 % des personnes interrogées estiment que la croissance économique serait égale ou plus forte si la BCE opérait une telle mesure pendant 12 mois. Seulement 13 % des répondants pensent que l’économie ralentirait à cause d’une telle politique.

L’enquête d’Astellon a révélé qu’une autre alternative, la tarification des taux d’intérêt négatifs sur les dépôts, conduirait les gens à retirer leurs dépôts bancaires et à les placer ailleurs, créant de dangereuses paniques bancaires sans pour autant augmenter la consommation.

Dans l’ensemble, ces enquêtes fournissent de nouveaux arguments pour que la BCE mette en place un “dividende monétaire” tel que le MFRB le propose dans le cadre de la campagne QE pour le Peuple. Cette idée est davantage susceptible de stimuler l’économie que la politique monétaire actuelle de la BCE.


Version originale sur le site de la campagne QE for People.

Photo : CC Pixabay, MichaelM.