Le Mouvement français pour un revenu de base (MFRB) a organisé ses rencontres trimestrielles du 25 au 27 mai à Aramon, dans le Gard, avec le groupe local et l’Association Résurgence Solidarité 30. Des conférences et des tables-rondes ouvertes au public ont permis d’échanger sur le revenu de base, ses expérimentations ainsi que sur des thématiques proches (monnaies locales complémentaires et monnaies libres).

Conférences : revenu de base et monnaies libres

Le vendredi 26 mai, Frédéric Bosqué a animé un temps d’échange sur le revenu de base et les monnaies citoyennes locales. Dans un récit autour de l’argent, de nos modèles de production ainsi que de nos modèles de développement territoriaux, il nous invite à verser autant que possible un revenu de base en monnaie citoyenne locale. Ceci permettrait de stabiliser la demande solvable d’un territoire au bénéfice des acteurs locaux tout en émancipant ses habitants d’une obligation à un travail marchand.

« Imaginez une petite chenille qui rencontre un jour un cocon. Curieuse, elle gratte un peu la surface et là, stupéfaite, deux attitudes s’offrent alors à elle : soit elle est terrorisée par la peur de se décomposer de la sorte à son tour, soit elle est émerveillée car elle sait que cette décomposition sert finalement à devenir un papillon. » (Frédéric Bosqué)

Pour lui, l’accompagnement de la transition doit partir de l’existant, en s’insérant au coeur de nos modèles actuels, pour participer à les transformer de l’intérieur vers des modèles respectueux de l’humain et de la nature, vers une société de « papillons ».

« La liberté ne se demande pas, elle se prend. » (Eloïs)

Eloïs, collaborateur de Stéphane Laborde, a ensuite expliqué les limites de notre monnaie-dette actuelle (les banques privées ont la quasi exclusivité de sa création et de sa distribution) et présenté la monnaie libre Ğ1. Cette monnaie est créée de manière “symétrique” par et pour ses utilisateurs, s’attestants les uns les autres au sein d’une “toile de confiance”. Le pouvoir de création de cette monnaie par les utilisateurs est réparti de manière équitable entre tous. Ainsi, chaque utilisateur identifié au sein de cette toile de confiance se verra en capacité de se créer son propre “revenu de base” en monnaie Ğ1 !

Expérimenter le revenu de base

Le samedi 27 mai, Marie-Hélène Muller et Frédéric Bosqué ont présenté le projet d’éco-village TERA. Il s’articule autour de quelques grands principes :

  • Relocaliser au maximum de la production vitale (objectif de 85 %),
  • Produire selon des méthodes respectueuses des humains et de la nature,
  • Valoriser cette production en monnaie citoyenne locale,
  • Expérimenter la distribution d’un revenu de base garanti par cette production durable (d’un montant égal au seuil de pauvreté + 1 €, versé à tous les habitants de l’éco-hameau au maximum en monnaie citoyenne locale),
  • Mettre en place un mode de gouvernance qui étend les libertés individuelles tout en préservant et renouvelant les communs.

Objectif : permettre à chacun.e de s’épanouir et d’être inclus dans les décisions à prendre pour l’éco-hameau. Tout un programme ! Ce projet tient à rester connecté à son territoire afin de démontrer que ce genre de modèle a le pouvoir de redynamiser les activités et donc l’économie de zones rurales trop souvent en difficulté.

Benoît Carrère, collaborateur du sénateur Daniel Percheron, lui-même rapporteur de la mission d’information sur le revenu de base menée au sénat, nous explique comment pourrait se monter un projet d’expérimentation de revenu de base sur un territoire, quels en seraient les enjeux et quel rôle pourrait avoir le MFRB dans un tel projet.

« Il est tout-à-fait possible aujourd’hui, dans le cadre juridique actuel, de lancer une expérimentation de revenu de base sur un, ou plusieurs, de nos territoires français. »

Il précise que les expérimentations ont pour objectif de prouver ou de rassurer sur certains arguments clés dans le but de soutenir l’instauration d’un vrai revenu de base. En effet, la nature même de l’expérimentation est limitante, ne serait-ce que dans le temps. Pour le MFRB, l’expérimentation se doit de conserver deux principes fondamentaux : l’individualisation et l’automatisation.

La première étape est de réunir et coordonner un groupe de travail réunissant différents acteurs locaux : le conseil général et la CAF (deux acteurs majeurs) mais également des associations reconnues localement (exemple du projet d’expérimentation dans le Pas-de-Calais et son partenariat avec ATD Quart Monde).

En clôture de cette journée, une table-ronde a réuni Catherine Eysseric (conseillère régionale), Alexandre Laurent-Duhamel (MFRB) et Benoît Carrère (collaborateur du sénateur Daniel Percheron). Les intervenants ont présenté les préconisations d’expérimentation du rapport sénatorial sur le revenu de base. Ce rapport s’est concentré sur les arguments de revenu de base comme moyen de lutter contre l’extrême pauvreté sans pour autant ne pas avoir débattu des questions d’émancipation ou de redynamisation de zones rurale.

« Ce rapport est le premier rapport parlementaire sur ce sujet et il a été voté à l’unanimité excepté une voix. Il y a donc eu un accord politique très net, droite et gauche confondue, sur l’idée d’expérimenter un revenu de base. » (Benoît Carrère)

Catherine Eysseric a ensuite expliqué le contexte de cette nouvelle région Occitanie (anciennement Languedoc-Roussillon et Midi Pyrénées), qui hérite d’une situation économique et sociale difficile avec trois départements de la région présents parmis les cinq départements français les plus touchés par la pauvreté. Ce contexte cristallise donc un intérêt particulier pour cette question d’une expérimentation de revenu de base sur ce territoire.

Alexandre Laurent-Duhamel a enfin présenté des expérimentations ayant déjà eu lieu dans le monde et notamment certains résultats observés tel que la rescolarisation, le développement de l’entreprenariat en Namibie, le développement des liens sociaux au Brésil ou encore l’amélioration des conditions de santé à Dauphin au Canada.

Un temps de travail interne pour développer le MFRB

Huit groupes locaux du MFRB (Avignon, Grenoble, Annecy, Lyon, Nancy, Paris, Montpellier et Aramon) étaient présents lors de ces rencontres. Chaque représentant fait une rapide présentation de la situation du groupe local, ses activités et ses besoins. L’occasion d’échanger sur les bonnes pratiques des uns et des autres, de partager des expériences et d’élaborer des actions communes !

Par ailleurs, des représentants du “Kroco”, la monnaie locale Nîmoise, ont présenté leurs activités et leur fonctionnement. L’association s’inspire de la sociocratie, à l’instar du MFRB !

Si vous souhaitez, vous aussi, participer aux actions du MFRB, vous pouvez nous rejoindre en adhérant à l’association !

Pour aller plus loin :