Il est possible d’aborder la question du montant sous différents angles :

  • Pour certains, le revenu de base doit être suffisant pour vivre dignement sans revenu supplémentaire ;
  • Pour d’autres, le montant doit se situer au niveau le plus élevé qui est économiquement viable ;
  • Pour d’autres encore, le revenu de base doit être à un montant tel qu’il bouleverse peu la redistribution actuelle, soit le RSA.

Il est important de noter que le montant du revenu de base dépendra largement de rapports de force politiques. De plus, ce montant dépend évidemment des prestations qu’il remplace.

Le critère de « suffisance »

Pour certains, le montant du revenu de base doit avant tout être suffisant pour vivre dignement sans revenu supplémentaire. Cependant, ce critère permet difficilement de définir un montant.

Premièrement, un couple touche deux revenus de base alors qu’il partage de nombreux coûts (logement, énergie, électroménager…). Le revenu de base satisfait donc plus facilement les besoins d’un couple ou de personnes vivant en colocation que ceux d’une personne vivant seule.

Deuxièmement, le revenu de base étant le même sur tout le territoire, il ne procure pas le même pouvoir d’achat dans Paris où le coût de la vie est plus élevé que dans une ville de province où les loyers et les biens de consommation courants sont moins chers.

Enfin, la caractère suffisant est très subjectif puisqu’il dépend du mode de vie de l’individu et des ressources issues de son réseau social (familles, amis, voisins, etc.).

 

Un revenu de base aussi élevé que possible

Pour Philippe Van Parijs (2003), le revenu de base doit se situer “au niveau le plus élevé qui soit soutenable”. Il est difficile d’anticiper les comportements des individus qui recevraient un revenu de base d’un montant relativement élevé, mais il est possible d’imaginer qu’un niveau trop élevé pourrait désorganiser l’économie, sans qu’il soit certain que de nouvelles formes de production prennent le relai des entreprises traditionnelles. Pour autant, les marges pour augmenter le revenu de base sans conduire à un retrait massif de travailleurs de l’économie traditionnelle sont probablement très larges. N’oublions pas qu’une majorité de travailleurs salariés s’épanouit encore dans son emploi et où ceux qui souhaitent « travailler plus pour gagner plus » sont encore nombreux.

Un revenu de base trop élevé pourrait toutefois conduire à creuser le déficit commercial et conduire à des délocalisations, à moins que les pays voisins n’adoptent eux aussi un revenu de base comparable.

La question du montant dépend avant tout des rapports de force politiques

Le débat se pose de façon différente selon les modalités de financement adoptées. Avec un revenu de base financé par l’impôt sur le revenu, c’est le consentement des ménages à l’impôt qui est déterminant. S’il est possible, comme nous le verrons, de mettre en place un revenu de base au niveau du RSA sans trop réduire le revenu disponible des ménages les plus aisés, ceux-ci pourraient être réticents à accepter une hausse du revenu de base au-delà du RSA qui conduirait à une baisse de leur revenu disponible.

Cependant, leur perception pourrait changer s’ils prennent conscience des bénéfices sociaux apportés par un revenu de base élevé. Ils pourraient par exemple apprécier le fait que leur enfant touche le revenu de base dès 18 ans, ce qui accroîtrait son autonomie financière. Et si eux-mêmes ont reçu un revenu de base qui leur aura permis de développer leur projet, ils seront plus à même d’accepter l’idée d’un revenu de base élevé. Enfin, leur opinion sera aussi modifiée si le revenu de base permet l’émergence d’une multitude d’activités et de productions leur profitant aussi.

Concernant un revenu de base financé par des impôts sur le capital, son montant dépendra essentiellement du rapport de force entre le pouvoir politique et les détenteurs du capital. Pour faire pencher ce rapport de force en faveur des États, une meilleure coopération fiscale entre les pays sera nécessaire.

 

Le montant du revenu de base dépend aussi de ce qu’il remplace

Si le revenu de base remplace uniquement le RSA et la prime d’activité, son montant devrait être au moins égal au montant actuel du RSA socle pour une personne seule, (éventuellement déduction faite du forfait logement que peu d’allocataires perçoivent).

S’il doit aussi absorber les aides au logement, le revenu de base devrait dépasser 750 € en 2016 pour ne pas faire de perdants parmi les personnes seules les plus modestes.

S’il doit aussi remplacer les allocations chômage, un montant au moins égal à 1.000 € serait nécessaire en 2016.

Rappelons que dans sa charte, « Le Mouvement Français pour un Revenu de Base ne se prononce pas sur l’avenir à long terme des assurances collectives. En revanche, il considère que l’instauration d’un revenu de base ne doit pas remettre en cause les systèmes publics d’assurances sociales, mais compléter et améliorer la protection sociale existante.«