Pour Thomas Paine (La Justice Agraire, 1795), le revenu de base se justifie comme la redistribution d’un patrimoine naturel commun qui ne saurait être légitimement approprié par une minorité. A l’époque de Thomas Paine, ce patrimoine commun désignait avant tout la terre, qui avait été largement privatisée par une minorité de propriétaires terriens, particulièrement en Angleterre avec le phénomène des enclosures du XVIe au XVIIe siècle.

Considérons donc la proposition d’un revenu de base comme un outil de redistribution de la richesse procurée par le foncier. Il s’agirait donc de taxer la rente foncière, c’est-à-dire de mettre en place un impôt foncier proportionnel au prix du foncier pour financer un revenu de base.

Une telle proposition possède de nombreux avantages en termes de justice mais aussi d’efficacité économique. En termes de justice, elle permettrait une redistribution du revenu en défaveur de ceux qui ont eu la chance d’acheter bon marché un bien immobilier ou foncier ayant vu sa valeur augmenter au cours du temps (typiquement, la personne qui achète un logement à Paris) et en faveur de tous ceux qui n’ont pas pu saisir ces opportunités. Mais en termes économiques, en rendant plus coûteuse la propriété du foncier dans les zones denses, les propriétaires seraient encouragés à en faire le meilleur usage : louer ou vendre un appartement lorsqu’ils ne l’occupent pas, construire un étage supplémentaire, etc. Ainsi, taxer davantage le foncier dans les zones denses réduit la hausse des prix liées aux pratiques de spéculations des investisseurs, car l’impôt payé par ce dernier le dissuade d’attendre la hausse des prix avant de mettre son logement sur le marché.

Une telle proposition implique toutefois une refonte totale de l’impôt foncier, qui pourrait par exemple être payé à l’échelle communautés de commune, voire des départements, plutôt que de la commune. De plus, cela ne peut suffire à financer un revenu de base conséquent.

Il est possible d’aller plus loin et d’étendre l’impôt sur le patrimoine foncier à tout le patrimoine, immobilier comme financier.