Nous pourrions proposer de forfaitiser les retraites, c’est-à-dire de mettre en place “un revenu de base senior” d’un montant supérieur au revenu de base pour les personnes d’âge actif. Cette proposition aurait le mérite d’être largement redistributive puisqu’elle conduirait à une baisse des retraites les plus généreuses au bénéfice des retraites les plus faibles. Précisons ici que l’idée de forfaitiser les retraites n’est qu’une proposition qui n’engage pas l’ensemble du MFRB.

Loin d’être égalitaire, le système de retraite actuel perpétue, voire amplifie, les inégalités de la vie active. Ceux qui ont eu la chance d’avoir une carrière longue et régulière, dans un emploi bien rémunéré, perçoivent une retraite de base confortable, à laquelle s’ajoutent les revenus complémentaires issus de leur bonne rémunération (retraites complémentaires privées, revenus du capital accumulé, etc.). Mais près d’un quart des retraités actuels perçoivent une pension inférieure au seuil de pauvreté, et reçoivent donc un complément de retraite via l’allocation de solidarité aux personnes âgées (ASPA), c’est à dire un revenu total brut mensuel de 800 € maximum, même en ayant eu une carrière complète : c’est ainsi le cas de 45 % des femmes retraitées, et de 14 % des hommes.

La perspective d’une retraite forfaitaire s’imposerait plus logiquement pour la génération actuelle d’actifs, de plus en plus fortement marquée par des carrières en pointillé et donc par la perspective de retraites faibles – et davantage encore pour les générations à venir.

On pourrait imaginer une telle retraite forfaitaire de 1 492 € par mois (montant de la pension de retraite moyenne en 2013 selon la DREES). Ou alors un montant de 1.300 € par mois, montant de la retraite médiane en 2012. Un tel montant améliorerait le revenu disponible de plus de la moitié des retraités, tout en abondant le revenu de base des actifs de 70 à 80 €.

Une forfaitisation des retraites remettrait totalement en cause le principe de contributivité à la base du système actuel de retraite par répartition. Certes, elle pénaliserait ceux qui bénéficient des pensions les plus élevées, mais garantirait à chacun de vivre dans des conditions économiques satisfaisantes et ce, indépendamment des revenus de son conjoint. Sa mise en place peut difficilement s’envisager brutalement, car certains retraités mais aussi certains actifs dont la carrière est bien avancée ont orienté leur choix en fonction d’une prévision de retraite supérieure, voire très nettement supérieure à un tel montant (un retraité sur quatre percevait en 2012 une pension supérieure à 2.000 € brute et un sur dix une pension supérieure à 2.700 €). Il est néanmoins possible d’en amorcer dès à présent la mise en place. Ainsi, en commençant par individualiser le minimum retraite (aujourd’hui de 800 euros par mois pour une personne seule et de 1 362 euros pour un couple), nous pourrions ensuite en augmenter progressivement le montant, sur une période à déterminer, et dans le même temps réduire progressivement le montant maximum des pensions issues du système par répartition. Cette réforme ne remettrait d’ailleurs pas en cause le fonctionnement des retraites complémentaires dont jouissent le plus souvent ceux qui bénéficient déjà des pensions les plus élevées.

En outre, ce système de retraite pourrait être financé non plus sur les cotisations sociales mais sur d’autres sources comme les taxes sur la consommation, l’impôt sur les revenus ou l’impôt sur les bénéfices. Ce faisant, le salaire super-brut serait réduit, ce qui accroîtrait pour un plus grand nombre d’individus les chances de trouver un emploi et ce qui produirait des effets sectoriels intéressants.